Marie-Justine, cofondatrice d’Eve and Co

« Juste une question de temps avant que la culotte menstruelle se généralise »

 

Depuis 2 ans, Eve and Co fabrique et commercialise des culottes menstruelles qui allient esthétisme, sécurité et confort. Sa cofondatrice Marie-Justine Hosin sait de quoi elle parle : elle-même a vécu sa découverte comme une vraie libération. Particulièrement touchée par l’importance de la précarité menstruelle, confirmée par le sondage IFOP qu’elle a commandé, elle réaffirme sa volonté de proposer des culottes à des tarifs abordables pour permettre à toutes les femmes de tester cette solution qui a changé sa propre vie.

 

Comment vous est venue l’idée de créer Eve and Co ?

Marie-Justine : Depuis toute jeune, je n’ai jamais été à l’aise avec les protections hygiéniques classiques, qu’il s’agisse des tampons ou des serviettes qui me causaient des Irritations, de la sécheresse. Et puis il y a deux ans, je suis tombée sur une vidéo dans laquelle une fille parlait de pays où la culotte menstruelle se développait. Je n’en n’avais jamais entendu parler et j’ai trouvé cela incroyable, d’autant qu’elle énumérait tous les problèmes que je rencontrais également et qui me gâchaient la vie. Je me suis complètement reconnue dans son témoignage. C’était pour moi une véritable libération de pouvoir envisager une autre forme de protection.

 

De là à créer une entreprise, il y a un pas. Comment le franchissez-vous ?

Marie-Justine : J’ai évidemment tout de suite voulu essayer la culotte menstruelle. Mais à l’époque, il n’y avait quasiment pas de marché en France, un ou deux sites marchands peut-être, et les produits étaient toujours en rupture de stock. C’est alors que mon conjoint, qui travaillait déjà dans le e-commerce, m’a demandé : « Et pourquoi tu ne créerais pas les tiennes ? ». J’ai été emballée par l’idée et je me suis dit qu’au moins, j’aurais un œil sur ce que je vais porter et sur ce qui sera en contact avec mes parties intimes. Du coup je me suis lancée, d’abord en parallèle avec mes études – je me destinais à devenir enseignante – puis entièrement car le projet me tenait vraiment à cœur. Preuve qu’il y avait une vraie attente, notre développement a été rapide. Nous sommes aujourd’hui 7 à travailler au sein de Eve and Co.

 

Dans l’enquête IFOP que vous avez commandée, y a-t-il une donnée qui vous a surprise ou choquée ?

Marie-Justine : La proportion de femmes touchées par la précarité menstruelle. Je m’y attendais, j’ai moi-même des amies qui l’ont vécue quand elles étaient jeunes adultes ou étudiantes, mais cela marque toujours de savoir que des femmes n’ont pas les moyens d’acheter des protections périodiques et plient du papier toilette pour les remplacer. Malheureusement peu de gens ont conscience de ce phénomène qui peut toucher des femmes de notre entourage sans que l’on soit au courant. Même dans l’achat de tampons, nous ne sommes pas égales : selon le prix, vous avez droit à un applicateur, mais c’est plus cher, ou bien vous y allez avec les doigts. C’est très parlant. Notre volonté chez Eve and Co est de distribuer des culottes menstruelles à des prix abordables, avec régulièrement des codes promo, afin que toutes les femmes puissent en acheter une au moins une fois dans leur vie et résoudre les problèmes que j’ai moi-même rencontrés.

 

L’utilisation du tampon est en chute depuis plusieurs années. Cela vous étonne-t-il ?

Marie-Justine : Non, pas vraiment. Je pense que c’est une question de génération. Pour ma grand-mère, pour ma mère, le tampon a été un vrai progrès dans la mesure où les femmes mettaient des linges à l’intérieur des culottes et ça n’était vraiment pas pratique. Elles ont donc été libérées par l’arrivée des tampons et des serviettes hygiéniques, elles s’en sont bien accommodées car c’était tout ce qu’il y avait à l’époque. Notre génération a une approche différente. Avec Internet, nous sommes beaucoup mieux informées de la présence des produits chimiques qui entrent dans la composition de certaines protections, du risque de choc toxique mais aussi des solutions alternatives qui nous sont aujourd’hui proposées. Et puis de plus en plus de femmes créent leur entreprise et élaborent des produits à partir de leur propre expérience, donc réellement adaptés aux attentes des femmes, ce qui n’était pas le cas il y a 20 ou 30 ans.

 

69% des femmes qui n’utilisent pas la culotte menstruelle se disent prêtes à l’essayer. Vous attendiez-vous à ce chiffre ?

Marie-Justine : C’est beaucoup, et cela montre qu’elles ont été touchées par le sujet et savent au moins ce qu’est la culotte menstruelle. Je pense que c’est juste une question de temps avant qu’elle se généralise. A titre personnel, depuis que je porte une culotte menstruelle, je n’ai plus jamais utilisé autre chose. Ça a été une vraie libération. Il n’y a pas de retour en arrière possible, la question ne se pose même pas et c’est vrai pour toutes celles qui m’envoient régulièrement des petits messages pour me dire combien leur vie a changé. La phrase qui revient souvent est « Mais pourquoi on n’a pas créé ça avant ? ». C’est pourquoi je conseille aux femmes qui n’osent pas franchir le pas, la plupart du temps par peur des fuites ou des odeurs, d’essayer tranquillement, le temps d’une journée à la maison par exemple.

 

Comment envisagez-vous l’évolution de Eve and Co ?

Marie-Justine : Nous concevons aujourd’hui des culottes jolies et efficaces. Je ne souhaite pas développer une gamme immense avec, au final, certains produits qui seraient de moyenne qualité. Je préfère proposer peu de modèles, renouveler la collection sur la même identité visuelle en ajoutant un peu de couleur, et surtout garder ce qui fait notre force, des produits toujours plus aboutis et plus confortables. Nous avons par exemple testé récemment plusieurs solutions absorbantes, je sais aujourd’hui quelle est la plus efficace et je veux l’étendre à toute la gamme. Nous envoyons également nos culottes dans une petite pochette afin que les femmes qui le souhaitent, notamment celles qui ont de longues journées de travail, puissent se changer et ranger la pochette dans leur sac. L’aspect écologique est également très important à nos yeux, car utiliser la culotte menstruelle, c’est arrêter de jeter chaque jour des tampons et des serviettes, c’est donc agir en faveur de l’environnement. Nous poussons le raisonnement jusque dans notre packaging, en étudiant tous les moyens de réduire l’emploi de matières inutiles. Nous gardons donc le cap que nous nous sommes fixés, en essayant de toujours faire mieux au service des femmes qui croient en nos produits.

 


Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être affichés