Congé menstruel : les salariées françaises séduites mais inquiètes

Longtemps passées sous silence, les difficultés rencontrées par les femmes lorsqu’elles ont leurs règles au travail inspirent aujourd’hui, encore timidement c’est vrai, un débat sur l’opportunité d’instaurer un droit au congé menstruel dans les entreprises françaises. Un droit que seuls quelques pays dans le monde (voir ci-dessous) ont inscrit dans la loi, avec des modalités pratiques très différentes de l’un à l’autre.

À la demande d’EVE AND CO, l’IFOP a interrogé près de 1 000 salariées sur la manière dont leurs règles impactent leur activité, l’approche qu’en a leur entourage professionnel et l’idée que suscite chez elles la possibilité de bénéficier de ce fameux congé menstruel. Une éventualité approuvée par une large majorité des femmes concernées, notamment chez celles qui, chaque mois, subissent des règles douloureuses.

Toutefois, et quand bien même elles voient d’un œil positif les entreprises qui le mettraient en place, les salariées interrogées par l’IFOP redoutent que le congé menstruel constitue un frein à l’embauche des femmes, un obstacle à leur évolution professionnelle et une remise en cause de leur honnêteté si elles y avaient recours. Des craintes en partie fondées sur les moqueries et remarques désobligeantes qui ont toujours cours en la matière, ainsi que sur la difficulté à évoquer la question des règles douloureuses au sein des entreprises et, plus généralement, dans la société française.

Les chiffres à retenir

53% des salariées interrogées ont des règles douloureuses

35% déclarent que leurs douleurs menstruelles impactent négativement leur travail

65% des femmes en activité salariée ont déjà été confrontées à des difficultés liées à leurs règles au travail

1 salariée menstruée sur 5 a déjà fait l’objet de moqueries ou de remarques désobligeantes

37% des salariées disent que la gêne des règles est sous-estimée dans leur entreprise

66% des salariées sont favorables au congé menstruel en entreprise et 64% des femmes concernées pourraient y avoir recours

82% des salariées pensent que le congé menstruel pourrait être un frein à l’embauche ou à l’évolution des femmes

66% estiment qu’une entreprise proposant le congé menstruel serait plus attrayante

Les règles douloureuses affectent tout particulièrement les jeunes femmes

La France compte près de 14,5 millions de femmes actives, dont plus de la moitié indiquent dans l’enquête menée par l’IFOP que leurs règles sont douloureuses, et 35% qu’elles ont un impact négatif sur leur travail. Celles qui travaillent dans le bâtiment et l’industrie sont les plus nombreuses à avoir été victimes de remarques ou de moqueries liées à leurs règles.

1- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

53% des salariées interrogées indiquent subir des règles douloureuses, 16% disant qu’elles sont « très douloureuses ». Une douleur qui affecte notamment les plus jeunes, 63% des 18-34 ans expliquant être dans ce cas contre 47% chez les 35-49 ans et 31% chez les plus de 50 ans.

2- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

Plus des 2/3 des salariées (35%) jugent que leurs règles ont un impact négatif sur leur travail. Une proportion qui monte à 85% chez celles dont les règles sont très douloureuses.

3- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

65% des femmes interrogées dans le cadre de cette étude ont rencontré au moins une difficulté liée à leurs règles dans le cadre professionnel. Elles sont ainsi 48% à avoir eu des problèmes de concentration, 44% à peiner à se tenir debout ou encore 38% à avoir rencontré des difficultés pour accéder aux toilettes afin de changer leur protection hygiénique. Les femmes exerçant des fonctions d’encadrement sont également les plus exposées, 74% d’entre elles faisant état de l’un ou l’autre de ces problèmes.

4- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

De nombreuses salariées - 21% - ont déjà été victimes de remarques désobligeantes ou de moqueries liées à leurs règles au sein de leur entreprise. Celles d’entre elles qui travaillent dans des secteurs à forte dominance masculine sont les plus exposées : 37% des salariées de l’industrie et 36% des salariées du bâtiment en ont été la cible.

Entre tabou, moqueries et remarques désobligeantes

Encore tabou et sujet à moqueries, la question des règles n’est pas de celles que les femmes abordent facilement dans le cadre professionnel, particulièrement vis-à-vis de leurs responsables, qu’ils soient femmes ou hommes.

5- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

Plus de la moitié des salariées interrogées (54%) n’ont jamais évoqué leurs règles avec des collègues féminines, mais 32% pourraient le faire. Si 80% d’entre elles n’en n’ont jamais parlé avec leur manager direct de sexe féminin, plus du tiers (38%) disent que cela leur serait possible.

En revanche, dès lors qu’il s’agit d’aborder le sujet avec un homme, qu’il soit collègue ou manager, la réticence est plus forte. Ainsi, 92% des femmes n’ont jamais parlé de leurs règles avec leur responsable hiérarchique masculin et 72% assurent qu’elles ne pourraient le faire.

6- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

Plus du tiers (37%) des femmes interrogées estiment que la gêne relative aux règles est sous-estimée dans leur entreprise contre 59% qui pensent qu’elle est prise en compte à sa juste valeur. La proportion de salariées faisant état d’une sous-estimation est plus forte (45%) lorsque l’équipe à laquelle elles appartiennent est exclusivement masculine.

Congé menstruel : une mesure qui séduit et inquiète

Si les deux tiers des salariées sont favorables à la mise en place d’un congé menstruel au sein des entreprises, mesure qui rendrait ces dernières plus attrayantes à leurs yeux, elles sont nombreuses à redouter les répercussions d’une telle obligation qu’elles voient comme un frein potentiel à l’embauche des femmes et à leur évolution.

7- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

66% des salariées interrogées par l’IFOP (et 92% de celles qui ont subi des moqueries et remarques) se déclarent favorables à la mise en place d’un congé menstruel dans leur univers professionnel.

8- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

Près des deux tiers des femmes concernées (64%) seraient susceptibles d’y avoir recours. Parmi elles, 9 femmes sur 10 ayant des règles très douloureuses et 8 femmes sur 10 sont les menstruations sont douloureuses disent qu’elles pourraient demander à bénéficier du congé menstruel au sein de leur entreprise.

9- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

Même s’il était mis en œuvre, le congé menstruel ne serait pas utilisé par l’ensemble des femmes susceptibles d’en avoir besoin parce qu’elles anticipent les conséquences vis-à-vis de leur entourage professionnel. Parmi celles qui disent qu’elles n’y auraient pas recours, plus de la moitié (53%) expliquent qu’elles craignent qu’on ne les croit pas ou qu’on les considère comme paresseuses. 39% y renonceraient par peur du regard que les autres pourraient porter sur elles, qu’il s’agisse de leurs collègues, leurs managers ou leurs clients et fournisseurs.

10- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

Une très forte majorité des salariées (82%) pointent les effets négatifs sur leur carrière qui pourraient découler de l’instauration d’un congé menstruel . Elles sont ainsi plus de 7 sur 10 à considérer qu’une mesure de cet ordre constituerait un frein à l’embauche des femmes, 70% un obstacle à leur prise de responsabilités et 66% un sujet de moqueries et de remarques désobligeantes.

11- Enquête FLASHS-IFOP pour EVE AND CO - Les règles au travail et le congé menstruel

En dépit de ces réticences, les 2/3 des salariées interrogées par l’IFOP indiquent qu’une entreprise proposant le congé menstruel serait à leurs yeux plus attrayante qu’une autre ne le faisant pas, appréciation significativement plus forte chez les plus jeunes puisque partagée par plus des 3/4 (76%) des femmes âgées de 15 à 34 ans.

Et ailleurs dans le monde ?

Seuls quelques pays ont inscrit dans la loi la possibilité pour les femmes de bénéficier d’un congé menstruel dans le cadre de leur travail.

Au Japon, le congé menstruel a été instauré juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1947, les entreprises nippones ne peuvent obliger leurs salariées à travailler lorsqu’elles demandent à en bénéficier. Si aucune limite de jours n’est fixée dans l’année, ceux-ci ne sont généralement pas payés. 1/3 des sociétés assurent toutefois une prise en charge totale ou partielle des congés menstruels de leurs employées. Dans les faits, une infime minorité - moins de 1% - des femmes concernées y ont recours, selon une étude du ministère japonais du Travail.

En Corée du Sud, les femmes en activité sont autorisées à prendre une journée par mois qui ne leur est pas payée.Une salariée sur cinq déclarait en 2018 utiliser cette possibilité. Les entreprises qui la leur refuseraient s’exposent à une amende dont le montant avoisine les 3 500 €.

En Zambie, les salariées peuvent depuis 2015 s’absenter pour un jour de congé supplémentaire chaque mois, sans préavis ni certificat médical. Appelé “La Fête des Mères”, ce congé menstruel a fait débat dans le pays comme en témoigne cet article du Nouvel Observateur publié en 2017.

En Indonésie, une loi promulguée en 2013 permet aux employées de bénéficier de un à deux jours de congés payés au début de leur cycle menstruel, à la seule condition de prévenir à l’avance l’employeur de la date à laquelle ils seront pris. Laissée aux soins des entreprises et des salariées et sans sanctions prévues, la mise en œuvre de cette mesure est ignorée par certaines sociétés.

À Taïwan, les salariées ont droit à un jour de congé menstruel par mois dans la limite de trois jours dans l’année. Il est toutefois possible de prendre plus de jours de congés, mais ces derniers sont alors considérés comme des congés pour maladie qui sont, comme les congés menstruels, payés comme des demi-journées travaillées.

L’Espagne, où un projet de loi a été déposé en ce sens en mai dernier, fait figure de pionnière sur le continent européen.

En France, très rares sont les entreprises ayant pris une telle initiative. La société coopérative de production La Collective basée à Montpellier qui l’a mise en place l’an dernier fait figure, avec quelques autres, de pionnière.

Le point de vue de Louise Jussian, chargée d’études au pôle « Politique / Actualités » de l’IFOP

Si l’instauration du congé menstruel en entreprise séduit aussi largement les salariées, c’est parce qu’il répond à un vrai besoin mis en exergue par cette étude. Ce congé est considéré comme une solution qui peut compenser les moments de faiblesse et les réelles difficultés liés aux menstruations, notamment par celles qui sont, ou ont été, victimes de moqueries, ainsi que par les femmes dont les règles sont très douloureuses. Néanmoins, il s’agit là d’un sujet dont il reste compliqué de parler au travail, particulièrement avec des collègues ou des supérieurs hiérarchiques masculins. À cette « invisibilité » de la question des règles au travail s’ajoute la crainte puissante que l’utilisation du congé menstruel donne lieu à des suspicions, à des moqueries, voire constitue un frein pour la carrière professionnelle des femmes, qu’il s’agisse de leur recrutement ou de leur évolution dans l’entreprise. Face à ce sentiment qu’ont les femmes d’une société pas encore prête à accepter sans préjugés le congé menstruel, l’instauration d’une telle mesure doit à l’évidence s’accompagner d’une libération de la parole visant à briser le tabou des règles et d’une phase de pédagogie auprès de l’ensemble des salarié(e)s et de leurs dirigeants.


Enquête réalisée par l’IFOP pour EVE AND CO du 12 au 15 septembre 2022 par enquête auto-administrée auprès de 993 femmes salariées âgées de 15 ans et plus.

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